Ça paraît
simple pourtant. Et pour mémoire je vais vous citer, en
situation, la première cherchouhra que j'ai mangée.
Nouvellement
nommé responsable du dock-silo de Rédjas el Férada,
membre de la Coopérative agricole générale de
Constantine, c'est le début des moissons. Le blé arrive
toute la journée par camions à la queue leu leu, mais
aussi par petits fourgons, charrettes, ânes et leurs
lourdes charges. Déchargé dans la trémie, le blé dur
cultivé dans la région s'écoulait dans les cellules du
silo par élévateur interposé.
Les
journées étaient longues, et quand sur le jour déclinant
montaient les dernières charges de grains, un instant
silencieux, le silo s'animait au son des voix des
employés chargés de préparer la journée du lendemain. La
fatigue était visible à l'œil nu. La faim aussi car
depuis le repas de midi nous n'avions rien
mangé...peut-être un thé à la menthe avec des arachides
grillées vers les cinq heures?
Pourtant ce
jour là nous avions bien mangé, Boutlala le
contremaître, Blanchette son adjoint (appelé ainsi par
ses pairs car il était noir) et surtout moi, vous allez
savoir pourquoi. Pour le midi et à tour de rôle, un jour
sur deux, une moitié du personnel allait manger chez
soi, les autres de la moitié restante avaient sur place
leur "mekla"(nourriture) ou bien organisaient une
"Guédra", chacun portant une partie de la nourriture ou
du plat décidé en commun.
Ce jour là
j'ai mangé chez moi, assez rapidement et de retour au
dock la "Guédra" n'était pas encore finie, ce qui me
valut une invitation à déguster. Impossible de refuser,
j'ai donc fais deux repas ce jour là en une heure de
temps.
Pour ceux
qui ne connaissent pas ce plat, il se prépare avec des
morceaux de bœuf en sauce tomate dans lequel on fait
tremper des morceaux de galette sèche (faite avec de la
semoule de blé dur) restant de quelques jours en
arrière, toujours le respect de la nourriture.
Le problème
est que cette galette ne gonfle pas complètement dans la
sauce et même bien mâchée, continue à gonfler dans
l'estomac. Alors commence la satiété pour ceux qui n'ont
mangé que ce plat, c'est le but recherché. Mais pour moi
en deuxième repas ce fût un calvaire, avec un estomac
dur comme un caillou, surtout en ayant bu du lait
fermenté qui lui aussi fait gonfler l'estomac.
Quel
souvenir cette "Guédra"! Bien parfumée, pimentée à
souhait, pas comme celles que je fais de temps en temps.
Aussi j'aimerai en manger une digne de ce nom et donc
contrairement à l'habitude qui fait de mauvais vieux, je
ne donne pas cette recette mais réclame instamment de
vouloir bien me communiquer via ce média ou tout autre
moyen la recette de la CHERCHOUHRA.
Mieux
encore, invitez-moi chez vous! Sans vergogne je suis,
car ma gourmandise n'a d'égale que ma capacité à
rechercher ce qui me fait plaisir: vous raconter une
histoire de notre pays natal, sans politique, sans
rancœur ni aigreur. Un peu comme un marseillais qui
habite Dunkerque et qui rêve de bouillabaisse et du cul
de Fanny au boulodrome du coin de chez lui.
C'est
normal, c'est humain. A bientôt.
Je suis
heureux de vous savoir en vie puisque vous me lisez!
BOUNS.