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Voilà de la nostalgie si joliment dite sous la plume de Bouns, il suffit d'une rencontre fortuite, sur son chemin pour que les images surgissent...

Laissons Bouns voyager.

Richesse de mon Pays natal.

Passant lentement devant un vieil immeuble de la ville où j'habite, je lève les yeux pour admirer son style et m'arrête devant la grille en fer forgé aux belles courbes représentant des fleurs et des feuilles. Je suis surpris d'entendre un souffle léger dans lequel je crois comprendre: " Asma ya ould blédi" hé ! toi fils de mon Pays! Je me retourne. Personne! Je regarde de nouveau devant moi. Personne! Je suis tout seul dans cette rue. A nouveau j'entends une voix plus forte cette fois-ci venant d'au-dessus de ma tête: " Je te reconnais toi fils de mon Pays natal, tu es le fils de Roger le mineur, cet homme si gentil, si travailleur, c'est lui qui m'extrait de notre mine d'Aïn Sedma près de Collo. Ce jour là, quand je suis sorti de la mine, tu étais devant l'entrée avec ton père et je suis sûr que tu m'as regardé. Moi je m'en souviens bien. Tu penses, une nouvelle vie commencée pour moi après une très longue attente, enfouie dans le sol. Les premières images à la sortie de la mine sont encore présentes dans mes yeux, aussi quand je t'ai vu au bout de la rue, j'ai su que c'était toi. C'est extraordinaire, car nos chemins n'étaient pas les mêmes. Tu es un bel homme maintenant...heu! Houlà! là ! pour un humain ça fait beaucoup.

Tu vois mon chemin s'est arrêté ici, comme grille forgée, rosacée  et feuillée pour embellir la fenêtre. Je me sens utile et belle, il faut le dire. Mais quelle chance j'ai eu de te revoir! Les souvenirs me reviennent de ce beau pays où nous avons vécu et produit chacun à sa manière, toi une agriculture florissante qui a profité à notre mère patrie La France, et moi avec mes frères en fournissant la matière première nécessaire à l'embellissement  de cette fenêtre, par exemple...Tu ne dis rien? oui je sais, la grille parle! C'est pas courant, mais rassure-toi, je sens en toi une émotion qui te coupe la parole, ça me suffit. La prochaine fois que tu passes par là, donne moi des nouvelles de notre Pays natal. J'ai de temps en temps un peu de nostalgie.

A bientôt, merci de ta visite, de ta main qui s'agite pour me dire au revoir, merci, merci.

Fils d'AÏn Sedma à 11 km au nord-ouest de Collo, département de Constantine, Algérie.

                                                               9 mars 2007 

                                                                         Bouns.  EAP 54/56

 

 

Le prétexte, voilà l'arme de Bouns. Il suffit que les arômes colorés d'un plat viennent exciter son odorat pour que les images surgissent et qu'il nous rende témoin d'une scène vivante d'hier où les hommes font équipe dans leur labeur et partagent une nourriture simple faite d'économies savantes.

Recette de la Cherchouhra

A votre bon cœur M'sieu-Dame!

Une fois encore et depuis toujours la communication entre les hommes fonctionne mal. J'ai essayé à plusieurs reprises de faire réagir mes collègues les Agricolos au sujet de la recette de la Cherchouhra, sans succès. J'insiste aujourd'hui car j'estime qu'elle doit avoir beaucoup, beaucoup plus de saveur, de senteur, sur le Pays qui la vu naître, faite par sa femme qui la tient de Malika ou de Fatima, que celle que j'aurais pu obtenir des mes voisins marocains. Malheureusement je continue inlassablement à faire la mienne et à râler au point que ma femme me menace de ne plus la manger. Quelle vexation!!

Ça paraît simple pourtant. Et pour mémoire je vais vous citer, en situation, la première cherchouhra que j'ai mangée.

Nouvellement nommé responsable du dock-silo de Rédjas el Férada, membre de la Coopérative agricole générale de Constantine, c'est le début des moissons. Le blé arrive toute la journée par camions à la queue leu leu, mais aussi par petits fourgons, charrettes, ânes et leurs lourdes charges. Déchargé dans la trémie, le blé dur cultivé dans la région s'écoulait dans les cellules du silo par élévateur interposé.

 Les journées étaient longues, et quand sur le jour déclinant montaient les dernières charges de grains, un instant silencieux, le silo s'animait au son des voix des employés chargés de préparer la journée du lendemain. La fatigue était visible à l'œil nu. La faim aussi car depuis le repas de midi nous n'avions rien mangé...peut-être un thé à la menthe avec des arachides grillées vers les cinq heures?

Pourtant ce jour là nous avions bien mangé, Boutlala le contremaître, Blanchette son adjoint (appelé ainsi par ses pairs car il était noir) et surtout moi, vous allez savoir pourquoi. Pour le midi et à tour de rôle, un jour sur deux, une moitié du personnel allait manger chez soi, les autres de la moitié restante avaient sur place leur "mekla"(nourriture) ou bien organisaient une "Guédra", chacun portant une partie de la nourriture ou du plat décidé en commun.

Ce jour là j'ai mangé chez moi, assez rapidement et de retour au dock la "Guédra" n'était pas encore finie, ce qui me valut une invitation à déguster. Impossible de refuser, j'ai donc fais deux repas ce jour là en une heure de temps.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce plat, il se prépare avec des morceaux de bœuf en sauce tomate dans lequel on fait tremper des morceaux de galette sèche (faite avec de la semoule de blé dur) restant de quelques jours en arrière, toujours le respect de la nourriture.

Le problème est que cette galette ne gonfle pas complètement dans la sauce et même bien mâchée, continue à gonfler dans l'estomac. Alors commence la satiété pour ceux qui n'ont mangé que ce plat, c'est le but recherché. Mais pour moi en deuxième repas ce fût un calvaire, avec un estomac dur comme un caillou, surtout en ayant bu du lait fermenté qui lui aussi fait gonfler l'estomac.

Quel souvenir cette "Guédra"! Bien parfumée, pimentée à souhait, pas comme celles que je fais de temps en temps. Aussi j'aimerai en manger une digne de ce nom et donc contrairement à l'habitude qui fait de mauvais vieux, je ne donne pas cette recette mais réclame instamment de vouloir bien me communiquer via ce média ou tout autre moyen la recette de la CHERCHOUHRA.

Mieux encore, invitez-moi chez vous! Sans vergogne je suis, car ma gourmandise n'a d'égale que ma capacité à rechercher ce qui me fait plaisir: vous raconter une histoire de notre pays natal, sans politique, sans rancœur ni aigreur. Un peu comme un marseillais qui  habite Dunkerque et qui rêve de bouillabaisse et du cul de Fanny au boulodrome du coin de chez lui.

C'est normal, c'est humain. A bientôt.

Je suis heureux de vous savoir en vie puisque vous me lisez!

                                                                              BOUNS. 

                                                                                     17 avril 2007

 

 

 

 

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